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Shakespeare
Les deux gentilshommes de Vérone -
comédie écrite en 1594
Les deux gentilshommes de Vérone est une des premières pièces de Shakespeare. Rarement jouée en France, elle a connu de beaux succès en Angleterre et en Allemagne. Par beaucoup d'aspects elle fait penser au Songe d'une nuit d'été (les chassés-croisés des deux couples d'amoureux, la présence des clowns, la résolution dans la forêt, le happy-end qui laisse perplexe, l'homosexualité latente des personnages).
Il s'agit ici d'une nouvelle traduction et d'une adaptation de la pièce. Non pour la détourner, mais pour servir cet "esprit" de Shakespeare qui vise toujours un effet immédiat avec le public. Le spectacle commence par le prologue de La Mégère apprivoisée. Ce prologue apporte une perspective différente aux Deux Gentilshommes en posant d'emblée la question de la réalité et de l'illusion, un des thèmes préférés de Shakespeare. De nombreux rôles d'hommes, le Lord (devenant la Lady) et sa suite, les bandits (des amazones), Panthino (la secrétaire d'Antonio), l'Hôtelier, seront tenus par des femmes.
Cruautés mentales
Aucun romantisme chez Shakespeare. Les rapports entre les gens sont sculptés à la lame de rasoir. Le désir règne avec violence. Le plaisir, c'est de soumettre l'autre, bon gré, mal gré, à son désir. Les personnages rencontrés ici ou là, ne sont sans doute que des fantasmes, des projections tout à coup matérialisées, de l'imaginaire d'autres personnages, tant ils sont improbables. Cependant ils sont bien réels, tant ils sont désirés.
Car c'est bien de désir qu'il s'agit et de rien d'autre. Ces êtres de Shakespeare, ces créatures, sont "possédés". Leur corps est constamment en proie à la convulsion amoureuse, la vie les traverse comme un courant électrique survolté.
Ils cherchent quelque chose sans trop savoir ce que c'est et lorsqu'ils tombent amoureux, ce n'est pas de tel ou tel objet particulier, mais de l'Amour lui-même. D'où infidélités, inconstances et trahisons. Bien qu'il n'y ait chez Shakespeare aucun système utopique, ses personnages se perdent tous, avec une énergie désespérée, dans la recherche de l 'Absolu.
Que ce soit la Lady et ses servantes qui mènent l'expérience sur Sly et opèrent sur lui un lavage de cerveau. Que ce soit le Duc qui manipule, enferme, bannit, domine Milan, son territoire et ses habitants. Que ce soit Protée qui trompe Julia, puis Valentin, puis qui, faute de pouvoir la séduire, viole Silvia. Que ce soient les bandits de la forêt qui tombent sous le charme de Valentin mais le contraignent à devenir leur chef. Que ce soit ce même Valentin, qui, rendu maître de la Forêt, décide et légifère en tyran sur tous ceux qui s'aventurent sur son domaine. Que ce soient, enfin, les discussions hargneuses des clowns.
Le conflit est endémique et il suffirait d'un rien pour que le happy-end se tranforme en désastre, pour que la comédie devienne tragédie. On rit pourtant, on rit beaucoup même de ces excès. Mais seulement parce que l'on sait que tout est bien qui finit bien.
tous les niveaux s'exerce la violence des sentiments, sans répit. Et c'est paradoxalement de cette cruauté généralisée que naît l'infinie sensualité, la poèsie même des ces comédies, comparable à la poésie des enfants ou des bêtes sauvages.
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