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Shakespeare
Après Shakespeare - les années après sa mort
La renommée de Shakespeare
| Toutes les pièces de Shakespeare existent en anglais dans des éditions récentes ; certaines existent même dans des éditions légèrement différentes et par conséquent concurrentes (voir Arden, Oxford, Cambridge, Penguin - il existe sur le marché en 1997 au moins cinq éditions « officielles » publiées en Grande Bretagne) selon qu’elles s’inspirent de telles ou telles interprétations de certains passages des quartos ou folios. Toutes les pièces ont été traduites dans des dizaines de langues ; les traductions en français de Hamlet sont si nombreuses que l’on pourrait dire que cette pièce est dans un état de traduction constant. En somme, Shakespeare est l’auteur le plus publié au monde après...la Bible. | |
| Shakespeare est aussi l’auteur à propos duquel on a le plus publié. A titre d’exemple, nous savons qu’environ 28.000 ouvrages, articles et écrits divers ont vu le jour à son propos ces dix dernières années, avec un taux d’augmentation annuel de 5%. On a peine à imaginer la masse de ce qui a été couché sur papier en presque quatre siècles. Il a même envahi l’Internet, où l’on peut maintenant « surfer » sur Shakespeare. | |
| Dans les pays anglo-saxons, il est l’auteur le plus lu. Il en arrive même à faire une concurrence sérieuse à la Bible. Il est lu dans 90% des écoles secondaires aux États-Unis ; en Grande-Bretagne, tout élève de l’enseignement secondaire doit avoir lu au moins deux pièces du Barde pour obtenir son diplôme. | |
| Il ne se passe pas une semaine sans qu’une de ses pièces ne soit représentée à Londres, sans parler du reste du monde anglophone, ou du monde tout court. Le cinéma en a fait ses choux gras. Rien que pour Hamlet, on peut dire que, dans une langue ou une autre, une vingtaine de films ont vu le jour depuis la Deuxième Guerre. | |
| Certaines de ses pièces ont produit pas mal de réécritures : Hamlet, Lear, Macbeth et, plus récemment, La Tempête. Voir, entre autres, la pièce de Stoppard Rosencrantz and Guildenstern sont morts (1966). En plus comique : RSC—non pas la Royal Shakespeare Company, mais une pièce intitulée Reduced Shakespeare Company, tout Shakespeare en 97 minutes (produite à Londres en 1996). | |
| Aurait-on reconstruit le théâtre du Globe si cet édifice n’était devenu une espèce de lieu saint, en tout cas un lieu de pèlerinage qui accueille quotidiennement quelque 500 « pèlerins » ? Il est amusant que d’autres villes ne veulent pas être en reste : Tokyo a aussi son Globe et Moscou aurait des projets... | |
| Les acteurs les plus célèbres ont tous voulu jouer Hamlet - la consécration d’une carrière d’acteur (voir « Théâtre » plus loin) : quelques noms, parmi beaucoup d’autres, qui ont, au théâtre ou au cinéma, interprété Hamlet ces cent dernières années : John Gielgud, Laurence Olivier, Richard Burton, Nicol Williamson, Ben Kingsley, Jean-Louis Barrault, Vittorio Gassman, Maximilian Schell, Innocenti Smoktunovsky, Mandy Patinkin ; plus près de nous : Mel Gibson et Kenneth Branagh ; plus loin de nous (et plus surprenant) : Sarah Bernhard (1899) | |
| Le nom Hamlet a lui aussi, comme d’autres (Tartuffe, Don Juan, Don Quichotte, etc), enrichi la langue anglaise de dérivations qui sont devenues des expressions de tous les jours : hamletish, hamletism, to hamletize ; « Hamlet without the prince ». |
La langue de Shakespeare
Les deux grandes influences qui ont marqué la langue anglaise après l’invasion normande de 1066 sont :
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| La Bible dans ses différentes versions, pas seulement pour toutes les allusions religieuses qui sont entrées dans la langue courante mais surtout pour la simplicité et la souplesse de la langue de ces versions. Tout le monde lit la Bible dans le monde anglophone et sa langue sous-tend tous les modes d’expression linguistique. Les allusions bibliques sont sans doute plus nombreuses dans les littératures de langue anglaise que dans toute autre littérature du monde occidental. | |
| Shakespeare (et dans une moindre mesure Chaucer avant lui). On peut dire de lui qu’il a inventé une bonne partie de la langue anglaise ; il en a en tout cas exploité à fond les deux grandes qualités (la souplesse et le sens du concret, donc de l’image) qu’il a contribué à amplifier et à perpétuer. Nombreuses sont les expressions qui sont passées telles quelles des pièces de Shakespeare dans la langue de tous les jours. Quelques exemples, tirés de Hamlet : There’s something rotten in the state of Denmark Not a mouse stirring Frailty, thy name is woman More matter, with less art Hold the mirror up to nature. |
2
| Shakespeare brise tous les schémas rigides du passé ; pour lui le monde n’est pas figé ; il change constamment et pour Shakespeare la langue ne peut être que le reflet fidèle de toutes ces variations. Ce qui caractérise donc sa langue est avant tout sa souplesse ; elle s’adapte à toute circonstance et reflète toutes les émotions et pensées des personnages, des plus élevées aux plus plates. Shakespeare n’hésite pas non plus à passer du vers à la prose, du langage ultra littéraire au plus vulgaire, chez le même personnage et, souvent même, dans le même dialogue. Ceci est particulièrement vrai dans Hamlet : voir les monologues d’une part et, d’autre part, les jeux de mots à connotation sexuelle | |
| L’inventivité de Shakespeare. De tous les auteurs de langue anglaise, c’est incontestablement lui qui a le vocabulaire le plus étendu. Il puise ses mots dans tous les domaines linguistiques et dans tous les registres. C’est un jongleur de la langue | |
| Mais son verbe a toujours le ton et l’allure du langage parlé (the spoken word). Shakespeare n’oubliait en effet jamais qu’il était avant tout homme de théâtre et que ce qu’il couchait sur papier devait être dit. D’où aussi ces sonorités inoubliables ; il y a dans les monologues de Hamlet des passages qui charment l’oreille sans que l’on prête attention au sens. Il y a aussi des miracles de simplicité et de puissance : « Je pense, donc je suis » nous convainc ; « To be or not to be, that is the question » nous émeut | |
| Shakespeare, c’est le monde transformé en images, en métaphores ; c’est l’appropriation de l’objet par le mot pour créer une idée ou une émotion. C’est aussi les doubles sens, les calembours, les jeux de mots, parfois ironiques, souvent obscènes, toujours hilarants, même dans les plus grandes tragédies. |
Shakespeare est passé par tous les âges ; parti de la Renaissance, il a traversé l’Âge de raison, le romantisme, le réalisme, la Révolution industrielle, il s’accommode fort bien de l’informatique et se répand dans le Web. Il tient le coup, il est indestructible. Il parle à chacun : pour certains, c’est un marxiste, pour d’autres un misogyne, son discours tient de l’extrême droite, etc. Il n’est rien de tout cela mais il est peut-être tout à la fois, comme nous tous. Il a merveilleusement anticipé toutes les écoles de la psychologie des 19e et 20e siècles. Il connaît la nature humaine, par conséquent il nous connaît ; par conséquent nous nous reconnaissons dans ses personnages.
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