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Shakespeare
Les oeuvres se commencent - Les Sonnets
La première oeuvre signée de la plume de Shakespeare paraît à l'été 1593 : Vénus et Adonis. Cette suite de petits poèmes narratifs est dédiée au mécène Henry Wriothesley, troisième comte de Southampton :
« L'amour que je voue à votre Seigneurie est sans fin et cet opuscule sans commencement n'en est qu'une parcelle superflue ».
La deuxième, Le viol de Lucrèce, publiée 1594, est également dédiée au comte :
« Ce que j'ai fait est Vôtre, ce que je ferai sera Vôtre, car il est une partie de tout ce que j'ai, qui est Vôtre. Si ma valeur était plus grande, ma dévotion semblerait plus grande encore... »
Tant de superlatifs ont laissé croire à certains biographes que "le beau jeune homme" des sonnets n'était autre que le comte de Southampton, le protecteur de Shakespeare. La dédicace de la première édition tend à confirmer cette hypothèse :
« ...[au] seul inspirateur de ce sonnet, Mr W.H. ».
Ces initiales seraient donc celles d'Henry Wriothesley. Par contre, la description du "beau jeune homme" correspondrait davantage au comte de Pembroke, mécène que l'on retrouve également dans l'entourage de Shakespeare :
« La nature t'as peint un visage de femme. À toi, maître-maîtresse de ma passion ».
Plus jeune que Wriothesley, plus beau aussi, son nom est William Herbert et ses initiales, W.H...
Bien que les avis soient partagés, un grand nombre de spécialistes s'accordent pour dire que le mystérieux W.H. était le comte de Southampton. Certains érudits prétendent même qu'ils étaient amants.
Le comte de Southampton, s'il n'était pas homosexuel, était sans aucun doute dans sa prime jeunesse ce qu'on appelle de nos jours, un bisexuel. Il s'entourait de beaucoup d'hommes jeunes et adorables et Shakespeare a certainement été ébloui par l'apparence de ce beau jeune homme.
Les succès de Shakespeare au théâtre lui valent d'attirer l'attention de plusieurs grands aristocrates. Parmi eux : le comte de Southampton.
Les sonnets, au nombre de 154, sont un exercice de style sophistiqué. Leur poésie extrêmement raffinée exprime tous les aspects de la passion.
Il y a comme une histoire en filigrane dans les Sonnets. Ils racontent l'affection du poète que je pourrais même qualifier d'engouement, pour un homme plus jeune que lui. C'est une affection profonde et peut-être même une relation amoureuse entre les deux hommes. Elle est menacée, semble-t-il, par un poète rival qui convoite le jeune homme. Puis, dans le dernier groupe de sonnets tels qu'ils ont fini par être imprimés, apparaît une femme qu'on appelle toujours la dame brune.
Les sonnets qui évoquent la dame brune, et lui sont adressés dépeignent l'amour obsédant que le poète se méprise parfois d'éprouver. Il se retrouve empêtré dans des sentiments dont il préférerait vraiment être débarrassé, une sorte d'état émotionnel profond, intense et malheureux (sonnet 130).
Le beau jeune homme et la dame brune provoquent tous deux l'indignation. Ils sont considérés faux et perfides. Le narrateur dit de la dame brune qu'elle est comme une baie ou voyagent les hommes, laide et redoutable et que son seul regret c'est d'être attaché à elle et de ne pouvoir rompre cette relation. Le jeune homme quant à lui est très beau mais lui aussi se montre volage. Shakespeare utilise donc le narrateur pour exprimer sa rage contre des gens qu'il semble aimer et cela est plutôt
troublant.
Qui était cette dame brune? Là encore, plusieurs théories s'opposent. Peut-être s'agit-il de Mary Fitton, cette jolie brune qui était dame d'honneur de la reine Élisabeth. Le comte de Pembroke l'ayant séduite, cette théorie vient renforcer l'hypothèse des défenseurs de Pembroke dans le rôle du "beau jeune homme". Shakespeare qui fréquentait alors la Cour aurait pu avoir certains rapports avec Mary Fitton. Le triangle serait donc réel.
Richard Field, ami et éditeur des deux premiers poèmes de Shakespeare, avait reprit l'imprimerie de son patron Vautrollier, à la mort de celui-ci. Il épousa sa veuve, Jacqueline Vautrollier qui prit le nom de Jacklin Field. Cette seconde dame brune présumée aurait-elle été sensible au charme du jeune William ? Conjectures...autant que la dernière hypothèse qui veut que madame Davenant, tenancière d'une auberge fréquentée par le poète lors de ses nombreux allers-retours Londres-Stratford, soit la réponse au mystère de l'identité de cette femme. Qui était la dame brune ? Nous ne le saurons jamais.
Les sonnets constituent une classe à part dans l'oeuvre de Shakespeare. Malgré le voile de mystère qui les entoure, ce sont peut-être eux qui aident le mieux à comprendre la vraie personnalité de leur auteur. Ils contiennent quelques-uns des plus beaux poèmes d'amour de la langue anglaise.
Le Sonnet - Qu'est-ce que c'est?
Definition: Sonnet, n.m., poème de quatorze vers à forme fixe.
Le sonnet est composé de deux quatrains (strophes de quatre vers) et de deux tercets (strophes de trois vers). Les vers, en général des alexandrins, obéissent ordinairement, pour les rimes, à la disposition suivante : abba-abba-ccd-ede ou eed. D'origine italienne, le sonnet fut particulièrement développé par Pétrarque, puis il se répandit en Europe. Sa forme est étroitement liée au lyrisme amoureux, par exemple dans les sonnets de Shakespeare, dans ceux de Du Bellay et de Ronsard. Après une éclipse au XVIIIe siècle, le genre du sonnet retrouva sa vogue avec les romantiques et surtout les parnassiens et les symbolistes (Théophile Gautier, Baudelaire, Nerval, Leconte de Lisle,
Heredia, Mallarmé).
Temps et lieux:
Début Le sonnet apparaît en Sicile au XIIIe siècle à la cour de Frédéric II de Hohenstaufen, sous la plume du poète Giacomo da
Lentini.
Fin Il s'écrit encore des sonnets de nos jours. Même après des siècles d'existence, le sonnet n'est pas considéré comme un genre périmé (cf. 6).
Lieu Durant les deux premiers siècles qui ont suivi son apparition, le sonnet ne s'est pratiqué qu'en Italie. À la Renaissance, il s'est répandu à travers une partie de l'Europe: en France, en Espagne, au Portugal, en Angleterre, en Allemagne, dans les Pays-bas. Son expansion géographique s'est poursuivie au XIXe siècle dans le reste de l'Europe et, un peu plus tard, dans le reste du monde occidental.
Origines:
Origines. Sonnet vient de l'italien sonneto (diminutif de suono) qui veut dire petit son: le sonnet à ses débuts était chanté ou récité avec un accompagnement musical. Il n'avait alors qu'un seul contenu: l'amour allégorique et mythique. Il est né d'une série d'expérimentations faites par des poètes italiens sous l'influence de plusieurs genres littéraires: le lais et le canzoni des troubadours et des trouvères, le qasida et le ghazel des poètes du Proche-Orient, la poésie scaldique des Vikings, le motet et l'hymne des moines, le tenzoni des Italiens, etc.
Le sonnet, poème à forme fixe de la littérature française, a été l'objet à diverses époques et en particulier dans la nôtre d'une prédilection très marquée.
Originaire d'Italie il n'est entré dans notre poésie qu'au XVI° siècle; mais il y a eu tout de suite un grand succès, qui s'est maintenu au XVII° siècle, pour reprendre au XIX° après une éclipse pendant tout le XVIII°. Il est toujours très cultivé, bien qu'il lui arrive trop souvent, comme à la plupart des petits poèmes à forme fixe, de masquer l'absence d'inspiration sous des observances quasi mécaniques.
Il se compose de quatorze vers, divisés en deux strophes de quatre vers sur deux rimes, et une de six vers sur trois rimes. La disposition des rimes doit être la même dans les deux strophes de quatre vers; elles y sont généralement embrassées et quelquefois croisées. pour la strophe de six vers, on a coutume de la séparer sur le papier en deux tercets, mais c'est en réalité une strophe unique, et la disposition de ses rimes est régie par les mêmes règles que dans toute strophe de six vers. On donne ordinairement, mais sans raison sérieuse le nom de réguliers aux sonnets dont les strophes de quatre vers sont construites sur les mêmes rimes embrassées de la même manière, et dont la strophe de six vers se compose de deux vers à rimes plates, suivis de quatre vers à rime croisée.
Le sonnet, malgré son étendue très limitée, peut aborder tous les sujets, prendre tous les tons, et rien ne l'empêche de renfermer la poésie la plus haute comme ceux de Heredia.
Il s'écrit encore des sonnets de nos jours. Même après des siècles d'existence, le sonnet n'est pas considéré comme un genre périmé.
Auteurs et oeuvres:
Cavalcanti (1255-1300), Rimes
Dante (1265-1321), Vita Nuova
Pétrarque (1304-1374), Canzoniere
Joachim du Bellay (1522-1560), les Regrets
Pierre de Ronsard (1524-1585), les Amours
Camoens (1524-1580), Poésies
Gongora (1561-1627), les Solitudes
Shakespeare (1564-1616), Sonnets
John Donne (1573-1631), Sonnets sacrés
Nerval (1808-1855), les Chimères
Baudelaire, (1821-1867), les Fleurs du mal
Mallarmé (1842-1898), Poésies
Rimbaud (1854-1891), Poésies
Rainer Maria Rilke (1875-1926), les Sonnets à Orphée
Wallace Stevens (1879-1955), Poésies complètes
Robert Marteau (1925-), Élégie
Sa forme régulière, symétrique et contraignante favorise la précision, la concision et la suggestion (Baudelaire: "Parce que la forme est contraignante, l'idée jaillit plus intense"); elle empêche le poète de céder aux facilités du lyrisme.
Les rimes et le mouvement des strophes permettent des jeux d'oppositions et de correspondances qui expriment les tensions, la complexité de la vie intérieure du poète. Le sonnet est donc caractérisé par une forte cohérence interne. En outre, il peut y avoir une parfaite concordance entre le contenu et la forme.
Depuis Pétrarque, le sonnet a presque constamment joui d'un grand prestige. Il s'agit sans doute du genre littéraire qui s'est le plus pratiqué en Occident durant les cinq derniers siècles (on estime à 45 000 le nombre de sonnets qui ont été publiés en France, au XVIe siècle seulement).
Beaucoup de grands écrivains de la littérature universelle ont écrit des sonnets. Cependant, aucun poète n'a pratiqué ce genre littéraire d'une manière exclusive. L'extraordinaire popularité du sonnet tient en partie à sa forme fixe, qui fait de lui un moule commode pour les poètes sans inspiration. On s'en est servi souvent pour des poèmes de circonstance.
Le sonnet s'adresse à un public de choix, capable d'apprécier les richesses et les nuances du vers et de la rime; c'est un genre noble. C'est pourquoi les sonnettistes ont été longtemps des poètes de cours et de châteaux (au XVIIe siècle, ils étaient très populaires dans les salons).
Le sonnet a joué un grand rôle dans la définition d'une nouvelle poésie en France à la Renaissance (avec la Pléiade) et surtout au XIXe siècle. Baudelaire, et à sa suite Verlaine, Mallarmé et Rimbaud ont réintroduit en poésie le sonnet que le Siècle des Lumières avait dédaigné, et lui ont fait subir des transformations majeures (dislocation du vers et nouvelle disposition des rimes) dans le but d'exprimer une nouvelle conception du monde.
Malgré les variations sur la disposition des rimes et des strophes, le sonnet a conservé à peu près la même forme à travers les siècles. Son contenu cependant présente une grande diversité: le sonnet est la plupart du temps sentimental (c'est- à-dire qu'il exprime les états d'âme d'un individu), mais il peut aussi être satirique, politique, moral, religieux, réaliste, burlesque. Deux grands moments du sonnet: à la Renaissance, avec les poètes de La Pléiade; au XIXe siècle, de Baudelaire à Mallarmé, après environ deux siècles d'éclipse relative.
Le sonnet continue d'être pratiqué au XXe siècle par des poètes comme Louis Aragon et Philippe Jaccottet.
En 1992, un important recueil de sonnets a été publié en France: il s'agit de Liturgie de Robert Marteau. Ce sont des sonnets assez libres dans leur forme (ex.: il n'y a pas toujours de rimes).
Le fait d'écrire des sonnets à la fin du XXe siècle est fortement significatif: cela marque une prise de position contre les principes de l'écriture poétique moderne: rupture avec le passé, absence d'unité et de continuité, etc.
J.-M. de Heredia porta le sonnet à un haut degré d'expression et de perfection.
Voici un des plus célèbres sonnets du poète des Trophées :
Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.
Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde occidental.
Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré;
Ou, penchés à l'avant des blanches caravelles,
lis regardaient monter dans un ciel ignoré
Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.
Postérité:
Le sonnet continue d'être pratiqué au XXe siècle par des poètes comme Louis Aragon et Philippe Jaccottet. En 1992, un important recueil de sonnets a été publié en France: il s'agit de Liturgie de Robert Marteau. Ce sont des sonnets assez libres dans leur forme (ex.: il n'y a pas toujours de rimes). Le fait d'écrire des sonnets à la fin du XXe siècle est fortement significatif: cela marque une prise de position contre les principes de l'écriture poétique moderne: rupture avec le passé, absence d'unité et de continuité, etc.
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