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Shakespeare
La naissance et l'enfance de William Shakespeare
Le nom de William Shakespeare apparaît en latin dans le registre des baptêmes de Stratford, sur la page datée du 26 avril 1564 : « 1564 - April 26, Guglielmus filius Johannes Shakespeare ». Comme les baptêmes élisabéthains avaient lieu trois jours après la naissance, on peut conclure que Shakespeare est né le 23 avril 1564, jour de la Saint Georges, à Stratford-on-Avon, une ville marchande du comté de Warwick. Cette même année, Stratford est frappée par une épidémie de peste. Introduite dans le royaume par les soldats anglais l'année précédente, l'épidémie ne s'affaiblit qu'à la fin de l'année. On peut donc trouver miraculeux que Shakespeare y ait survécu.
La ville de Stratford-upon-Avon, où est né Shakespeare, en 1564, est située environ 150km de Londres. Cette proximité explique que ce bourg, dont le nom signifie « la route traversant le gué », fut le lieu florissant de marchés et de foires, et qu'il fut décimé par les épidémies de peste; par ailleurs, de la capitale venaient des troupes itinérantes de comédiens protégés par la reine ou par la noblesse: Stratford était le lieu d'une fortune changeante, qui marqua l'enfance et l'adolescence de Shakespeare.
Au dessous: le lieu de naissance de William
William Shakespeare est issu d'une famille modeste. Il est le premier fils et troisième enfant de John Shakespeare et de Mary Arden. Mary et John eurent huit enfants dont les deux filles aînées moururent en bas
âge. John Shakespeare est gantier et travaille le cuir. Homme ambitieux et habile, il augmente ses revenus en prêtant de l'argent et en faisant le commerce de la laine, de la viande et du grain. Il s'intéresse à la vie publique, monte dans la hiérarchie sociale et finit par devenir bailli de Sratford.
Mary Arden est la fille d'un notable de Wilmcote. Femme vive et intelligente, elle exerce une influence considérable sur son fils qui mène une vie très disciplinée. Cinq de leurs huit enfants survécurent, et deux d'entre eux devinrent acteurs: William lui-même et son cadet Edmund (né en 1580), qui le suivit à Londres. Lorsque le père de famille s'installa à Stratford, il était gantier. Il acheta la maison de Henley Street, lieu de naissance du poète. Artisan respecté, il gravit les échelons de la notoriété et devint bailli, c'est-à-dire maire de la ville, en 1568.
La famille de Shakespeare fut marquée par le bouleversement religieux qui survint lorsque la reine Élisabeth succéda à la catholique Marie Tudor en 1558. La sœur aînée de Shakespeare fut baptisée dans la foi catholique, tandis que William le fut selon le rite de l'Église anglicane. John Shakespeare adhéra à la nouvelle Église et ne fut pas inquiété. Parmi les tâches qui lui incombaient, il devait veiller à ce que les fresques de la chapelle du Guildhall, jugées trop papistes, fussent blanchies à la chaux. Il choisit un nouveau maître pour l'école, qui, depuis la Réforme, était devenue grammar school du roi. William y fut probablement admis vers l'âge de quatre ans, et il y apprit à lire dans le livre de prières anglican. C'est seulement vers sept ans qu'il put bénéficier de la culture humaniste de maîtres d'école issus, pour la plupart, d'Oxford.
Dans la communauté rurale, l'été, les gens se levaient entre 3 et 4 heures et l'hiver, à 5 heures. Shakespeare se levait, il se lavait les dents avec un tissu doux et une pâte sucrée. Il descendait l'escalier et attendait la bénédiction paternelle en signe d'assentiment. Il quittait la maison soit pour aider son père au marché du jeudi, soit pour se rendre à l'école où il passait un assez grand nombre de
d'heures.
Les fonctions municipales de John permettent à William de fréquenter gratuitement l'école de la ville. À l'âge de 7 ans, l'enfant entre à la Grammar School de Stratford-on-Avon.
Les Élisabéthains prennent l'éducation très au sérieux et une journée normale d'écolier est longue et exigeante. Shakespeare apprend, entre autres, à traduire des textes de l'anglais vers le latin et vice-versa. Dans ses Joyeuses commères de Windsor, il évoquera l'austérité de cette période en présentant un prêtre gallois qui fait passer un ridicule examen de latin à un élève nommé William...
À cette école il a dû lire plusieurs grands classiques. Les grands auteurs latins, Ovide, par exemple. Il a sans doute lu les Métamorphoses d'Ovide qui est, de toute évidence, devenu un de ses livres préférés.
On s'attendait à ce qu'il parle latin à partir de l'âge de 8 ans environ, à défaut de quoi il recevait des coups. C'était ce qu'exigeait l'école.
On suppose qu'Ovide nous apparaît aujourd'hui comme un auteur classique plutôt ennuyeux. En fait, Ovide est un auteur passionnant qui a rempli l'esprit de Shakespeare aussi bien d'images de violence que de romance.
L'intérêt de Shakespeare pour la vie des grands Romains se manifestera plus tard dans ses tragédies Jules César, Antoine et Cléopâtre et Coriolan.
On sait que Shakespeare n'a pas fréquenté l'université. Il fut retiré de l'école à 12 ou peut-être à 14 ou 15 ans, au moment où les affaires de son père commençaient à décliner.
On pense que l'explication la plus vraisemblable est qu'il ait été retiré de l'école à la fin de l'année scolaire vers l'âge de 14 ou 15 ans et qu'il soit devenu apprenti à la ganterie de son père à Stratford.
John fut démis de ses fonctions de bailli peut-être parce qu'il était catholique, ce qui était plutôt mal perçu sous Élisabeth Ière. Il est aussi probable que les dettes qu'il avait accumulées parce qu'il était trop entreprenant aient été à l'origine de la disgrâce dont il fit l'objet.
On n'en sait guère plus sur ce qu'a été la vie du petit William.
Shakespeare a sans doute pris goût au théâtre en observant les comédiens, les bateleurs et les musiciens ambulants qui venaient chaque année à Stratford présenter leurs pièces et leurs chansons dans les foires, sur les places ou dans les marchés.
Un autre événement, singulièrement fastueux celui-là, l'aurait peut-être marqué plus encore. Au cours de l'été 1575, la reine Élisabeth se rendit au château de Kenilworth, près de Stratford, pour assister au festival du même nom. Le domaine était la résidence de campagne de Robert Dudley, comte de Leicester et prétendant de la reine vierge. Le comte avait organisé un gigantesque festival dans l'espoir de charmer la reine avec de magnifiques spectacles de théâtre, de musique, de chants, avec des bals et des feux
d'artifice.
Shakespeare avait 11 ans à l'époque. Ce festival était célèbre dans tout le pays et attirait les foules.
Son père l'a emmené à Kenilworth peut-être, et qu'envoyant ces spectacles, Shakespeare a prit conscience de leur immense attrait.
Ses souvenirs d'enfance l'ont probablement inspiré quand il a composé ses pièces. Dans un passage du Songe d'une nuit d'été, Obéron décrit un magnifique festival dans un château.
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